n° 4 – Chalys LEYE

Chalys LEYE est un artiste plasticien, qui vit et travaille à Dakar, ville dont il est originaire. Pegase-21 vous invite, dans ce n°4 qui lui est consacré à découvrir son parcours, sa technique qui est unique et plusieurs facettes de sa personnalité.

Chalys LEYE

Par sa tolérance, son ouverture aux autres et à toutes formes d’expression artistique, ses voyages et ses rencontres, il se définit comme « citoyen du monde ». Son travail est reconnu par les instances sénégalaises et bien au delà des frontières africaines.

Le Président Macky Sall présente une toile de Chalys à des investisseurs jordaniens
Chalys présente son travail au Prince Albert de Monaco, accompagné de l’Ambassadrice du Sénégal à Monaco et de Maître Guedel Ndiaye, Consul Honoraire de Monaco au Sénégal.
Chalys explique sa technique à l’Ambassadeur du Sénégal à Bruxelles – meeting Ivo Van Damme 2005

Chalys, tu es né à Dakar en 1952. Comment s’est passée ton enfance ? Avais-tu des parents artistes ou proches des milieux artistiques ?

J’ai eu une enfance studieuse et tranquille jusqu’en 1968. Sont venus ensuite les mouvements de grève qui ont secoué la France, mais aussi le monde et l’Afrique n’a pas été épargnée. Faisant partie des grévistes les plus radicaux, j’ai été exclu du lycée en 1970.

Mon père était tailleur et ma mère femme au foyer. Ils n’avaient pas les moyens de m’envoyer dans un lycée privé, je me suis retrouvé à la rue. J’avais 18 ans.

C’est seulement à 23 ans que tu intègres l’Ecole des Beaux Arts de Dakar. As-tu un souvenir qui aurait déclenché ta vocation ?

c’est seul que j’ai décidé de me former à dessiner et à peindre à la gouache et à l’huile avant de réussir, 5 ans plus tard, à 23 ans, le concours d’entrée à l’Ecole des Beaux-Arts;

Mais je me souviens qu’à l’école primaire, notre maître était un excellent dessinateur. Il avait l’habitude de dessiner sur les murs de notre classe, des scènes de la vie quotidienne avec des crayons de couleur. Cela a contribué à me faire aimer les images et les couleurs. Je rêvais de pouvoir faire comme lui !

Quelles sont les matières qui y étaient enseignées et celles qui te plaisaient le plus ?

L’Ecole enseignait le dessin, la sculpture, la peinture et la céramique. J’avais un penchant pour le dessin et la peinture.

A la fin de tes études, tu travailles dans un cabinet d’architecte ? Pendant cette période, tu peins surtout la nuit. Où puises-tu cette énergie ?

Oui, le cabinet d’architecte, c’était pour apprendre et en même temps pour gagner ma vie. J’étais donc projeteur en bâtiment le jour et la nuit je retrouvais ma passion pour la peinture. Cette énergie, je la trouvais dans l’amour que j’ai pour ce métier et dans ma volonté d’aller toujours plus haut.

Parlons du Village des Arts de Dakar : il existait un premier village sur la corniche ? Quels étaient les artistes qui l’avaient créé ?

En 1977 les artistes El Hadj Sy et Aly Samb qui vit aujourd’hui en France, ont été les premiers occupants du premier village des arts de Dakar sur la corniche ouest. Ils ont investi les bâtiments d’un ancien camp militaire devenu Ecole des beaux arts.

J’ai été le troisième pensionnaire mais je ne pouvais pas être permanent parce que je devais continuer mes études j’étais en deuxième année aux Beaux-Arts. Ensuite Babacar Traoré, Moussa Tine, Ismaila Manga, Guibril André Diop et j’en passe, sont venus les rejoindre pour former une communauté  pléthorique d’artistes puisqu’on pouvait rencontrer au village des comédiens des musiciens  des danseurs venus d’horizons divers.

Quelles étaient les relations qu’ils entretenaient avec le pouvoir en place ? Le président Senghor d’abord, le président Abou Diouf ensuite ?

Senghor entretenait  d’excellents rapports avec les artistes. Il était un homme de culture poète et académicien vers la fin de sa vie. Sous le magistére de Abdou Diouf au début des années 80 les artistes ont été expulsés manu militari.

Comment est né le second village, près du stade Léopold Senghor ?

L’actuel Village des Arts abritait les ouvriers chinois qui ont construit le stade Léopold Senghor. On l’appelait alors campement chinois. Après leur départ, le campement est resté inoccupé une dizaine d’années parce que le ministère de la culture et celui des sports se disputaient la cession de l’espace et finalement l’Etat trancha en faveur de la culture.

El Hadji Sy a eu un rôle prépondérant au Village ?

El hadji Sy est un précurseur. Il a été à la base de tout ce qui se fait aujourd’hui, n’en déplaise à certains. Avant lui les artistes sénégalais sous la houlette de Pierre Lodds, initiateur de l’art Poto-Poto de Brazzaville et de la section « Recherche Plastique Nègre » à Dakar, faisaient du « nombrilisme » basé sur le concept de la négritude de Senghor. Ils peignaient principalement à l’huile. Une peinture de chevalet.

El Hadji Sy (El Sy aujourd’hui) a été, sans risque de me tromper, l’un des premiers à peindre à l’acrylique, une technique plus moderne. Ses premières peintures étaient  réalisées avec les empreintes de ses pieds sur de grandes surfaces. Je disais qu’il donnait des coups de pied à tout ce qui se faisait à ce moment-là. Il refusait de refaire du « nègre ». Il avait envie d’aller vers les autres en restant lui même.

Comment fonctionne le Village ? Quelles sont les conditions d’admission ?

L’admission au village se faisait sur une simple demande. Ensuite un comité de sélection se réunissait pour procéder à l’attribution des quarante ateliers du village. Dans la convention qui liait les artistes et le Ministère, il était bien précisé que l’artiste, attributaire d’un atelier, ne pouvait y résider que deux ou trois ans au maximum. Ainsi tous les artistes pouvaient occuper les ateliers à tour de rôle. Ce qui n’a pas été le cas.

Chalys LEYE, le regretté Séni MBAYE et Mamadou WADE, au village des Arts en 2003

Tu fais partie d’une nouvelle génération qui bouscule les conventions, comme celle de El Hadji a bousculé la génération de l’ « Ecole de Dakar » ? As tu conscience qu’une génération chasse l’autre ?

Je suis de la génération d’ El Sy, nous avons, tous les deux, été formés par le regretté Paolo Mario Paolucci, notre professeur et mentor. Sous son impulsion, El Sy fait aujourd’hui partie des plus grands peintres d’Afrique. Paolucci nous permis de voyager en Italie pour assister à la biennale de Venise en 1976. Nous avons eu l’occasion de visiter une bonne partie des musées d’Italie de Urbino à Rome en passant par Milan et Venise.

C’est vrai qu’aujourd’hui il y a une génération d’artistes qui bouscule la nôtre. Des jeunes pétris de talent et respectés à travers le monde. Je pense à Soly Cissé, Dout’s, Camara Guéye et le regretté Ndary Lô